Est-ce la fin de l'âge d'or des applications ?

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La multiplication du nombre d’applications pose la question de la saturation d’un marché qui, depuis sa création, n’a connu que des hauts. En effet, certains indicateurs semblent indiquer un changement de cap : s’oriente-t-on vers un arrêt de la croissance, voire, vers une crise du marché des applications ?

 

Une menace de saturation du marché des applications...

Entre 2009 et 2015, le nombre d’applications publiées chaque mois sur les stores a été multiplié par plus de 10, passant de 4 500 à 50 000. Dans le même temps, le nombre moyen de notes par application a été divisé par 16. En 2009, une application était notée environ 4.000 fois, tandis qu’en 2015, les applications accumulent en moyenne seulement 250 notes ! 

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Le nombre de notes nous donne une approximation sur le nombre de téléchargements en moyenne par application. On les télécharge moins, donc on les note moins.

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Toujours sur la même période, on constate une baisse significative du temps passé entre le lancement et l’abandon d’un projet applicatif (passant de 2 ans à 3 mois) et une hausse importante du nombre d’applications abandonnées (aucune mise-à-jour sur 6 mois) avec plus de 1,5 millions d’échecs effectifs en 2015. Pour résoudre ce problème, Apple a lancé en septembre 2016 un grand nettoyage de l'App Store qui vise à retirer les apps abandonnées ou inactives et donc, à clarifier l'offre pour les utilisateurs.

En résumé, on a de plus en plus d’application sur les stores, mais elles sont de moins en moins notées, et elles sont abandonnées plus tôt et massivement. Toutes ces tendances ont fait de l’App Store le cimetière des espoirs et des rêves des développeurs d’applications.

Par ailleurs, la volonté d’Apple de faire passer sa commission de 30 à 15% en 2017 est peut-être un aveu déguisé des difficultés que rencontrent aujourd’hui les créateurs d’applications, incapables de générer autant de revenus qu’auparavant.

Ainsi, même si les applications utilisées par les mobinautes se comptent en général sur les doigts d’une main, les prévisions annoncent 5 millions d’applications sur l’App Store d’ici 2020 (vs 2 millions en 2015), avec une croissance par catégorie qui devrait suivre les tendances actuelles :

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... et des applications inutilisées


Une étude ComScore d’août 2014 affirme que 65% des utilisateurs de smartphones téléchargent 0 application par mois, tandis qu’ils ne sont que 25% à télécharger entre 1 et 3 applications par mois, et 10% à télécharger plus de 4 applications.

Mais ces chiffres sont remis en cause par Tune, qui avance dans son propre rapport que 75% des utilisateurs de smartphones téléchargent au moins une application par mois (avec un segment “adolescents” qui en téléchargent 6,3 en moyenne).

Au-delà des téléchargements, un autre problème attend les développeurs d’applications : celui de l’utilisation. Selon une étude de SurveyMonkey, les 5 applications les plus utilisées en 2016 sont Facebook, YouTube, Messenger, Google Maps et le Play Store. Les plus téléchargées sont Messenger, Snapchat, Instagram et Color Switch. En outre, 40% des applications les plus utilisées sont celles qui sont embarquées directement sur le smartphone.

Cela signifie que les développeurs sont en compétition non seulement avec les applications présentes sur l’App Store (2 millions actuellement), mais aussi avec celles qui sont déjà installées sur les téléphones.


Un secteur en plein essor...

Cependant, certains indicateurs viennent contredire ceux qui prophétisent la fin de l’âge d’or des applications :

  • les applications représentent désormais 52% du temps passé sur des supports digitaux (vs 40% en 2013) soit plus que les sites web classiques et mobiles combinés
  • Les utilisateurs dépensaient 4 milliards de dollars en 2009, contre 35 milliards en 2015 (+775%) sur les Stores et en achats in-app
  • En moyenne, chaque utilisateur dépensait 11 euros en 2012 sur les stores, contre 23 euros en 2015
  • On recense 140 milliards de téléchargements cumulés depuis la création de l’App Store (2008) et 65 milliards pour Google Play (depuis 2012)
  • L’App Store a une croissance ininterrompue et atteint aujourd’hui 2 millions d’applications
  • Idem pour Google Play avec 2,2 millions d’applications en juillet 2016
  • Apple compte 13 millions de développeurs qui utilisent ses plateformes, dont 2 millions de nouveaux arrivants sur 2015

En d’autres termes, ces tendances inverses illustrent que le problème n’est pas le nombre d’applications publiées actuellement, mais la manière de les faire : adresse-t-on un vrai besoin client ? Ou bien est-on simplement en train de copier une app déjà existante ?

 

...dont les règles changent

La baisse des barrières à l’entrée dans le domaine des applications a créé un environnement propice à la compétition et à l’explosion des innovations. Par conséquent, on peut s’attendre à avoir des applications d’une qualité bien supérieure à celles qui existent actuellement. L’idée que les applications sont de simples programmes avec des fonctionnalités limitées est en train de disparaître.

Autre évolution importante : les applications ne sont plus simplement considérées comme des “marques mobiles” par les entreprises qui souhaitent renforcer leur présence digitale. Désormais, elles sont perçues comme critiques pour améliorer l’acquisition et l’engagement des consommateurs, et donc, comme de véritables leviers de croissance.

C’est là que se trouve toute la difficulté : créer une application est à la portée de très nombreuses agences de développement, mais déterminer la forme que prendra cette application pour répondre parfaitement aux besoins des utilisateurs est autrement plus difficile.

 

Le plus grand risque pour un porteur de projet applicatif aujourd’hui est de ne pas se confronter à son marché rapidement, de ne pas intégrer de tests utilisateurs dans son processus de développement, et finalement, de ne pas réussir à se distinguer des millions d’applications existantes une fois sur les stores. D’où la nécessité d’adopter une confrontation rapide à l’utilisateur final lors de la conception d’une application, et d’appliquer les principes du développement agile dès l’origine du projet et au moins jusqu’au lancement du produit.

 

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